Dans l’insomnie des couleurs, Jules Supervielle

Les poissons qui se croisent feignent de ne pas se voir. Puis se cherchent durant des siècles. Les rivières s’étonnent d’emporter toujours le ciel au fond de leur voyage et que le ciel les oublie. Le ciel ne pose qu’une patte sur l’horizon, l’autre restant en l’air, immobile, dans une attente circulaire. Tout le jour la lumière essaie des plumages différents et parfois, au milieu de la nuit, dans l’insomnie des couleurs.

Extrait de Âge des cavernes, Jules Supervielle (1884 – 1960)

Écouter les étoiles et trembler, Jules Supervielle

Les arbres se livrent peu à peu à leurs branches, penchent vers leur couleur et poussent en tous sens des feuilles pour se gagner les murmures de l’air. Ils respectent comme des dieux
leurs images dans les étangs où tombent parfois des feuilles sacrifiées. Les racines se demandent s’il faut ainsi s’accoupler au sol. Au milieu de la nuit l’une sort de terre
pour écouter les étoiles et trembler. La mer entend un bruit merveilleux et ignore en être la cause.

Extrait de Âge des cavernes, Jules Supervielle (1884 – 1960)