Mourir c’est vivre, Michelet

Notre mort physique n’est rien qu’un retour aux végétaux. Peu, très peu est chose solide dans cette mobile enveloppe ; elle est fluide et s’évapore. Exhalés, en bien peu de temps, nous sommes avidement recueillis par l’aspiration puissante des herbes, des feuilles. Le monde si varié de verdure dont nous sommes environnés, c’est la bouche, le poumon absorbant de la nature, qui sans cesse a besoin de nous, qui trouve son renouvellement dans l’animal dissous. Elle attend, elle a hâte. Elle ne laisse pas errer ce qui lui est si nécessaire. Elle l’attire de son amour, le transforme de son désir, et lui donne le bienfait de l’aimable métamorphose. Elle nous aspire en végétant, et nous respire en fleurissant. Pour le corps, ainsi que pour l’âme, mourir c’est vivre. Et il n’y a rien que de la vie en ce monde.

L’ignorance des temps barbares avait fait de la Mort un spectre. La Mort est une fleur.

Extrait de La Femme, Michelet (1860)